Plus que jamais, nous avons besoin d’un Centre Municipal de Santé

Comme de nombreux Français, vous avez peut-être renoncé à consulter votre médecin depuis le début de la crise sanitaire.

L’épidémie de COVID-19 ne doit pourtant pas faire oublier toutes les autres maladies, dont les maladies chroniques : selon la Haute Autorité de Santé, il est important de continuer à consulter son médecin, car le renoncement aux soins peut être dangereux. »

Certains d’entre nous ont peut-être reçu ce message aux apparences bienveillantes de la part de Doctolib, vous savez, ce système qui vous permet de prendre facilement rendez-vous avec un médecin moyennant de prévoir d’avoir besoin de consulter au moment (entre 2 semaines et 6 mois selon les spécialités) où le rendez-vous en question vous est proposé.
Bienveillant certes car effectivement le renoncement aux soins peut être dangereux. Etonnant cependant que jamais la même haute autorité de santé n’ait eu une telle attention à l’égard d’une part importante de la population qui depuis quelques années maintenant subit de plein fouet les effets de la désertification médicale !

PAGV dénonce depuis plus de 2 ans cette réalité sur Pontoise, et ce faisant sur bien des ville d’Ile de France qui, rappelons-le, fait partie de ces régions les plus touchées par la pénurie de médecin.

Et malheureusement, la crise sanitaire met encore plus en lumière des questions de fond qui nous animent : les inégalités d’accès aux soins, le droit pour tous de bénéficier d’un système public de santé performant, les dérives d’une médecine toujours plus libérale organisée autour de la course aux profits, la destruction progressive de notre système d’assurance maladie et de nos hôpitaux publics que nos applaudissements seuls ne sauveront pas.

PAGV milite depuis plus de 2 ans en faveur de la création d’un CMS – centre municipal de santé – pas une maison médicale qui, à Pontoise comme ailleurs, reste désespérément vide, pas un centre de santé dont le concept reste encore flou, mais bien un Centre MUNICIPAL de Santé. Parce que nous sommes convaincus qu’une telle structure est une réponse moderne aux questions qui se posent partout en matière de prévention et d’accès aux soins.

Aux Cordeliers : préfabriqués supposés accueillir le « projet » de maison médicale de la mairie, pour lequel aucun médecin n’a été trouvé à ce jour (photo du 3 mai 2020)

Un CMS pour développer la prévention :

Toutes les observations montrent que les taux de morbidité du COVID-19 sont les plus importants sur des populations sujettes à des pathologies préexistantes (diabète, obésité, troubles pulmonaires…). En bien des domaines, nous souffrons d’un système de santé dédié au curatif au détriment du préventif. Face à l’ampleur de la crise et son impact significatif sur les populations les plus fragiles, les pouvoirs publics doivent prendre toute la mesure du problème, réinvestir dans la capacité des hôpitaux à nous accueillir et nous soigner et penser la santé d’une manière générale au travers d’un plan santé à l’échelle nationale.

Un CMS est un véritable outil d’une politique de prévention déclinée à l’échelle locale :

  • capable de coordonner des campagnes d’information auprès de populations ciblées ;
  • capable d’investir des quartiers relégués par un travail de proximité auprès de personnes qui échappent à toutes les politiques d’accompagnement ou d’assistance sociale ;
  • capable d’innover au sein d’un réseau d’acteurs locaux mobilisés par l’impulsion des élus locaux ;

Nous ne prétendons pas que la seule présence d’un CMS aurait permis d’éviter des morts à Pontoise. Mais gageons simplement que son action en matière de prévention aurait eu ses effets en tenant simplement compte du fait qu’une population plus saine, mieux accompagnée face au risque, subirait moins les effets de ce virus comme de bien d’autres. Gageons aussi que le CMS aurait été un acteur important pour, dès les premiers temps de cette crise, accompagner ce qu’on a appelé au début les « cas contacts », répondre aux questions des parents d’enfants scolarisés dès le retour des vacances de février, informer et sensibiliser les populations à risque, les plus âgées par exemple, être attentif aux patients socialement et psychiquement vulnérables.

Un CMS pour faciliter l’accès aux soins :

Indépendamment du caractère mortel du virus, nous observons tous les difficultés de l’hôpital public à faire face. Et finalement, même s’il s’agit d’éviter d’être contaminé, le confinement devait permettre d’éviter un pic que jamais le système hospitalier n’aurait pu absorber.
Le rôle d’un CMS n’aurait pas été de traiter les cas les plus graves. Par contre, là où des CMS existent, ils mettent en place des circuits dédiés pour les patients suspectés d’être infectés et prennent en charge y compris à domicile des cas qui ne nécessitent pas une hospitalisation, l’orientation de la sécurité sociale permettant d’aiguiller les malades les moins graves vers ces équipements eux-mêmes organisés en conséquence dans leur système d’accueil et de suivi. Le travail des équipes pluridisciplinaires des CMS peut alors se faire collectivement sous la direction d’un médecin coordinateur, tout en garantissant la poursuite de la prise ne charge des patients chroniques.

Grace à ce mode de gestion, et tout en garantissant la permanence du suivi médical, les professionnels de santé, médecins ou paramédicaux du CMS, peuvent aussi s’organiser pour soutenir les équipes au sein des hôpitaux. Enfin et toujours pour soulager les structures hospitalières soucieuses d’éviter la propagation du virus chez des personnes accueillies dans d’autres services, un CMS peut prendre en charge une partie du suivi médical d’autres patients. Ainsi le suivi des femmes enceintes peut s’organiser en liant service de maternité et CMS et éviter ainsi à ces femmes de devoir se rendre à l’hôpital en cas de besoin sur le temps de leur grossesse.

Un CMS pour faire face aux besoins nouveaux :

Et aujourd’hui que le déconfinement se prépare, les CMS sont des acteurs incontournables pour participer au plus près des populations au contrôle de l’épidémie et à la protection des personnes non encore immunisées, en particulier en cas de deuxième vague.

Comme depuis le début face aux premiers effets de la crise, leur rôle est essentiel dans les dispositifs à venir de tests qui se mettent en place progressivement et dans la prise en charge des personnes qui se révèleront positives.

À chaque CMS son organisation, sa capacité d’accueil, ses spécialités, mais à tous le même engagement en matière d’offre publique de santé, de garantie d’accès aux soins pour tous pérenne, réactive et adaptable en fonction des besoins et des orientations municipales. Par son manque d’ambition et la position dogmatique de son maire, la ville de Pontoise ne sera pas au rendez-vous mais soyons-en sûr continuera encore longtemps de courir désespérément auprès de médecins qui accepteraient de s’installer, peut-être, un jour, sous conditions, dans ce si bel équipement que l’actuelle majorité a daigné leur réserver.

À moins que la raison l’emporte et que la solution du CMS soit enfin étudiée par l’équipe municipale en place.

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  1. Désertification médicale… – Pontoise A Gauche Vraiment

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